Carnet d’Histoire… L’Abattoir, une vie marquée par l’eau !

Carnet d’Histoire… L’Abattoir, une vie marquée par l’eau !

Daté de 1882, le bâtiment d’un coût de 46 000 F pour la commune, venait répondre aux règles d’hygiène et de salubrité publique, que cette époque commençait à prendre sérieusement en compte. On voulait éviter les tueries particulières et « l’abattage fermier » qui s’étaient développés, nuisant souvent à la qualité des viandes.

En mars 1892, déjà, les premières réparations concernaient des infiltrations récurrentes sur les murs. On y remédia par la pose de 104 m de bande de zinc. En 1894, l’architecte Molinié fit des plans et devis pour des travaux à exécuter pour la construction de 4 chambres devant servir à déposer les viandes destinées à l’exportation par la gare de Valence. Des bâtiments extérieurs furent aussi concernés. Vu la grande quantité d’animaux abattus par les bouchers, une taxe d’abattage fut instituée. Le conseil municipal donna un avis défavorable (11/11/1894) au boucher Nègre (traitant 100 animaux par semaine) qui voulait ouvrir une tuerie particulière, chez le sieur Catusse au Carrelat, se dispensant ainsi de payer la taxe. Le décret du 27 mars 1894, relatif à l’ouverture d’abattoir public, s’opposa donc à cette demande, et la tuerie fut fermée par le préfet. De plus, à l’abattoir de Valence, un vétérinaire vérifie l’état sanitaire des animaux : une garantie supplémentaire qui s’ajoute aux divers équipements et travaux qui vont améliorer la qualité du service au cours du temps. L’arrêté du 6 septembre 1924, du maire J.B. Chaumeil, portant règlement sanitaire et de police de l’abattoir municipal stipule : «Vu les lois des 16-24 août 1790, 5 avril 1884 et 21 juin 1898, Article Ier : L’abattage des bœufs, vaches, veaux, moutons brebis, agneaux, chèvres, chevreaux et porcs, destinés à la boucherie et à la charcuterie aura exclusivement lieu à l’abattoir municipal; toutes les tueries particulières situées dans toute l’étendue du territoire de la commune sont interdites…».
Le pont métallique (dont il reste une butée, utilisée pour le spectacle «Au fil de l’eau…»),  reconnu insuffisant en 1924, est réparé en septembre 1929. Il assure la liaison Aurillac-Auch par la RN 653 (ex chemin de grande communication n° 59).

L’urgence

Le 21 août 1934, le Dr Guerriero, inspecteur départemental d’hygiène adresse une lettre au maire de Valence : «À première vue, une bonne impression; malheureusement dès le passage de la grille, l’impression favorable s’efface» ! Une modernisation s’impose donc dans l’urgence. Un devis de juin 1939 porte 283 000 F de travaux à exécuter. À la même époque, le pont métallique sera écarté, un nouveau pont supportant la RN 653 sera construit, l’accès face à l’abattoir sera remplacé par un accès sur le côté.
Le 24 juillet 1940, le chef d’escadron Vincent Cdt le centre de démobilisation de Valence d’Agen (17èmeRégion Militaire) fait une note de service au maire suite à sa visite aux abattoirs. Il y décrit «un état de saleté repoussante des divers locaux» et préconise un «sérieux nettoyage immédiat». En effet, vu la proximité du canal, le bâtiment ne dispose pas d’eau potable ! Le 24 décembre 1938 le Conseil Municipal avait voté un projet de réfection totale de l’abattoir selon les «dernières prescriptions de l’hygiène moderne». Le retard était dû aux lenteurs administratives et à l’état de guerre. Le 15 novembre 1942, l’architecte Louis Corlouer fait un projet d’aménagement et de transformation des abattoirs de Valence s’élevant à 562 000 F. Les travaux vont être entrepris ! En 1941, le chantier du nouveau pont de l’abattoir est en route. Les terrains avaient été achetés à MM. Cabadé, Guitard et Laporte. La déviation de la D 653 est donc réalisée. La vie s’écoule dans une ambiance de labeur continu autour de ce réaménagement. En 1947, les bouchers charcutiers ont pour noms : Amadieu, Baudis, Fabre, Fernandez, Fos, Lacaze, Larroque, Maurroussel, Moureau, Poussou, Salabert et Serres.

Les inondations de février 1952 portèrent un nouveau coup dur à notre abattoir public. 

La solidarité

Louis Corlouer, l’architecte parisien fait un devis de réparations des dégâts occasionnés s’élevant à 8 179 429 F. Les artisans valenciens furent mis à contribution. On y trouve le fidèle maçon de Peyroutas, Jules Moro, Roudié & Amadieu pour les peintures, Dupenne pour la charpente, Bébert Vignes pour l’électricité, la plomberie et le sanitaire, Jacques Lescure pour la serrurerie, Carrière, Mouliné, Dalias, Rouy, Titi Hébrard, J. Oulé, P. Laville, Georges Krings…L’entreprise Lagrèze d’Albi assura la charpente et l’aménagement intérieur ; les Ets Trussant & Cie fournirent les équipements de boucherie et de charcuterie. Fin 1953, nous disposions désormais d’un abattoir « tout neuf ». Les réglementations se durcissant, vers 1960 il avait été décidé de construire un nouvel abattoir en bordure de la RN 113 (D 813 actuelle) à la sortie de l’agglomération vers Agen. Notre commune était à cette époque inscrite sur le plan national de construction des abattoirs.
Par délibération du 16-11-1963, M Yvonnick  Corlouer, architecte, est chargé de présenter un devis afin de moderniser l’ancien abattoir pour un  montant de 152 352 NF. Le projet sera souvent repris par la suite. C’est à cette époque que fut mis en place le «chemin de fer aérien» avec ses palans mobiles pour la manutention dans toutes les salles de l’abattoir. En 1969, le creusement du canal d’amenée de la centrale hydraulique de Golfech (inaugurée en 1973) va définitivement isoler le bâtiment.

Le début de la fin

La loi de juillet 1965 sur la gestion des abattoirs va hanter le Vème plan. Pour résorber les déficits qui obèrent les finances locales, la réunion de plusieurs abattoirs est préconisée. Trois abattoirs restent inscrits au plan : Montauban, Caussade et Beaumont-de-Lomagne. On attribue un périmètre provisoire aux trois abattoirs non inscrits, ceux de Castelsarrasin, Moissac et Valence d’Agen. Le préfet assure que ces derniers pourraient subsister au-delà de 1973. Ce plan de suppression des abattoirs souleva l’hostilité des élus de l’assemblée départementale lors du compte-rendu du bilan du Vème plan en octobre 1970. En effet, comme le soulignait Madame Baylet, qui venait de dépenser 30 millions d’anciens francs pour la modernisation de l’abattoir de Valence d’Agen, ce dernier répondait à toutes les garanties d’hygiène en donnant satisfaction aux usagers et en faisant vivre notre chef-lieu de canton. Nous disposions donc dans les années 1960-70 d’un abattoir moderne. Cela perdura quelques temps encore. L’arrêté ministériel du 17 mars 1992, transcrivant les directives CEE du 24/09/1991, fixant les conditions auxquelles doivent satisfaire les abattoirs d’animaux de boucherie sonna «le début de la fin». Le couperet de fermeture tomba le 31 mars 1993. Ce fut le dernier jour de travail d’Alain Fournier en ce lieu chargé d’histoire. À partir de 1993, l’abattoir de Castelsarrasin, concentrera (à titre dérogatoire) la fonction de «structure intercommunale Castelsarrasin-Moissac-Valence» avec le label «loco régional» pour quelques années encore.

Pour mémoire, en 1991, la production de viande s’élevait à 359 tonnes.

Deuxième vie…


2000-2001 :
Projet d’un centre culturel (salle de danse animée par l’AVICA) et lancement de quelques études et diagnostics. L’abattoir restera un endroit de stockage des décors du «Fil de l’eau…» jusqu’en 2010, date à laquelle sa réhabilitation par les employés du Centre Technique Municipal fut à son paroxysme. Monsieur le Maire voulut le garder dans son jus d’origine, en conservant toutes les machineries. Effacées donc les affres du Temps, des tempêtes Lothar (26-27/12/1999), Klauss (23-25 janvier 2009) et Xynthia (26 février au 1er  mars 2010).
Le bâtiment est maintenant devenu une base d’accueil sur la «Via Canalis» où les adeptes de notre «Vélo Voie Verte», cheminants et camping-caristes peuvent trouver tout le confort d’une halte bien méritée.
Une nouvelle vie commence pour cette véritable porte d’entrée touristique en Midi-Pyrénées !…